Surpris qu’il y ait des différences entre les prix des médicaments sous prescription d’une pharmacie à l’autre? Non. Mais surpris de l’ampleur de la différence, ça oui.
Presque toutes les personnes interrogées par LaTribune à la suite de l’enquête publiée samedi, démontrant des écarts de prix pouvant aller jusqu’à 66% entre deux pharmacies pour un même médicament, ont indiqué savoir que les prix n’étaient pas les mêmes entre les pharmacies.
« On sait depuis toujours que les pharmacies se font concurrence. Mais l’enquête m’a permis de constater davantage l’ampleur de la différence entre les taux des pharmacies », illustre Denise Daigle, déplorant l’impuissance des consommateurs, « parce qu’on est bien obligés de les prendre, les médicaments ».
« Avec le prix de l’essence, je ne vais pas commencer à faire deux ou trois pharmacies, on perd au bout de la ligne. C’est la même chose à l’épicerie; s’il y a des rabais sur certains produits, ils se reprennent ailleurs. »
Le comparatif a été fait avec les vêtements, l’essence d’une région à l’autre, les petits et gros commerces, et le prix des autres produits en pharmacie. « Il faut aussi prendre en compte que les pharmacies n’ont pas toutes les mêmes dépenses. Un local au Carrefour (de l’Estrie) coûte plus cher de taxes qu’ailleurs à Sherbrooke », souligne Michel Viger.
Et puis, d’autres avantages plus importants que le prix du médicament sont à prendre en considération pour quelques personnes. « Mon mari prend exactement un des médicaments qui était sur la liste de LaTribune, rapporte Nicole Lauzier. Il le prend chez Wal-Mart, mais ça lui coûterait beaucoup moins cher d’aller chez Jean Coutu comme moi. » Or, il n’a nulle intention d’aller ailleurs: Wal-Mart lui donne gratuitement, annuellement, le vaccin contre la grippe.
L’effet pervers des assurances
Le hasard nous a fait rencontrer Gaétan Rouleau, vice-président à la réglementation des drogues chez Johnson & Johnson. Oui, il était bien au fait des différences de prix entre pharmacies. Mais doté d’une assurance, il ne magasine pas, et paie un peu plus pour se procurer les médicaments originaux, plutôt que les génériques. « J’habite aux États-Unis, et il y a des personnes qui n’ont pas d’assurance, remarque-t-il. Ce sont eux qui sont le plus portés à magasiner. »
Mais une fois assuré, on n’est plus porté à magasiner. Le cas de Jacqueline Labbé l’illustre bien. Elle a dû visiter une autre pharmacie pour le renouvellement de sa prescription, son commerce habituel étant fermé. « Dans le temps, on n’était pas assurés; j’ai changé de pharmacie. » Pas certaine qu’elle le ferait encore aujourd’hui. Mais d’un autre côté, souligne Mme Labbé, « si tu réclames plus, ça finit qu’à faire monter le coût des assurances ».
En fait, c’est avant d’acheter sa toute première prescription que le moment semble idéal pour plusieurs pour magasiner son pharmacien. « Quand je me suis fait prescrire mon médicament, mon médecin m’avait informée des écarts de prix, et m’avait suggéré de comparer mon pharmacien », raconte Julienne Ouellette, qui a visité trois pharmacies avant d’arrêter son choix. Ce qui ne veut pas dire, insiste-t-elle, que cette pharmacie lui offrira toujours le meilleur prix pour d’autres médicaments.
Et dans certaines régions, il n’est pas toujours possible de comparer son pharmacien. « Dans mon coin, il n’y en a qu’une seule. Je pourrais peut-être aller ailleurs, mais là, au moins, j’encourage un commerçant local », se console Myriam Cadorette.
Une action du gouvernement
Parce qu’à première vue, l’argent ne sort pas des poches des consommateurs qui sont moins portés à s’assurer du meilleur prix, plusieurs pensent que le gouvernement devrait imposer une certaine ligne de conduite à l’égard du prix des médicaments. « On ne peut pas toujours tout vérifier. On ne reçoit pas de publicité pour ça, et les gens ne changent pas de pharmacien. Des gens en profitent, le gouvernement devrait réglementer », conclut Roland Arpin.
Source: Marianne Dandurand
La Tribune