Médicaments en libre accès: les pharmaciens nombreux à jouer l’attentisme

Les pharmaciens, autorisés depuis un an à vendre des médicaments en libre accès, sont nombreux à jouer l’attentisme: complexe à mettre en oeuvre selon eux, le dispositif peine aussi à trouver sa place auprès de leurs clients.

Le déploiement du libre-accès « est en marche, mais reste très lent », reconnaît Jean-Charles Tellier, un des responsables de l’Ordre national des pharmaciens.

« Cela va demander du temps: c’est une nouveauté, et c’est globalement difficile à mettre en place », explique Pascal Voisin, du cabinet IMS Health.

Depuis le 1er juillet 2008, les 27.000 pharmacies françaises ont le droit, mais pas l’obligation, de vendre des médicaments sans ordonnance « en libre accès », dans un espace dédié, placé devant le comptoir.

Plus de 380 références de médicaments sont aujourd’hui concernées.

Mais le déploiement du dispositif semble ralentir.

La part des officines l’ayant adopté n’a que très peu progressé depuis l’automne: 29% s’en étaient dotées fin octobre 2008, 40% fin mai 2009, selon un sondage d’IMS Health auprès de 350 pharmacies représentatives.

La part des pharmaciens ne comptant pas le mettre en place a même augmenté de 4 points, à 34%, selon un autre sondage, réalisé par le cabinet Median Conseil auprès de 350 officines dégageant plus d’un million d’euros de chiffre d’affaires annuel.

Nombre de pharmaciens semblent préférer attendre de « connaître les premiers résultats » avant de se lancer, explique Jean-Charles Tellier.

D’abord parce que leurs clients semblent eux-mêmes peiner à s’approprier les zones libre-accès.

« Ils doivent adopter une démarche d’achat spontanée à laquelle ils n’avaient jamais été confrontés auparavant dans une pharmacie », souligne Benoît Thomé, de Median Conseil.

« Là où le libre accès est en place, certains clients continuent à demander leurs produits au comptoir », rapporte Philippe Gaertner, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), qui revendique 10.000 officines adhérentes sur les 12.500 syndiquées.

Professionnels et experts s’accordent aussi à dire que la relative complexité de la mise en place du dispositif freine son développement, en particulier parce qu’il nécessite une réorganisation de l’espace de vente.

Du coup certains pharmaciens attendent le printemps ou l’automne, lorsque les rayonnages sont repensés afin de mettre en valeur des produits saisonniers, pour trouver une place à la zone libre-accès.

Son arrivée entraîne aussi « une modification profonde de l’exercice de la profession, que l’on n’avait pas suffisamment mesurée », estime Philippe Gaertner.

Les pharmaciens doivent passer plus souvent « devant » le comptoir, jouer un rôle de conseil aux clients beaucoup plus fort, avec comme enjeu notamment d’éviter que la consommation de médicaments ne se banalise.

Une frange d’entre eux a par ailleurs adopté, selon Benoît Thomé, une posture d’opposition totale, craignant que le nouveau système ne fasse le lit de la grande distribution, qui souhaiterait vendre des produits de soins.

Au final, certains n’y voient aucun avantage, si ce n’est pour le client la légère baisse de prix, d’environ 3%, constatée par IMS.

Si les volumes de ventes de médicaments en libre accès semblent progresser, officines et groupes pharmaceutiques affirment ne disposer pour l’instant d’aucune donnée sur une éventuelle augmentation du chiffre d’affaires réalisé dans ces espaces.

Il est aussi encore trop tôt selon eux pour savoir si le système peut contribuer à la réduction des dépenses de santé. Ils affirment en tout cas ne constater aucun phénomène de « surconsommation » de médicaments.

Copyright © 2009 AFP.