Pendant l’épidémie, un élève informé n’en vaut pas deux

Lycée d’Arsonval, le 2 septembre 2009. C’est la rentrée et, dans ce lycée plutôt favorisé de la banlieue parisienne, les élèves, réunis dans la grande salle de cantine en présence du proviseur, de l’infirmière et du Conseiller principal d’éducation, sont déjà attentifs. Au menu, H1N1 oblige, des explications de l’infirmière sur l’intérêt de se laver correctement les mains.mains Pas de travaux pratiques mais des conseils appuyés sur la nécessité de bien savonner et de répéter souvent le geste, avec la promesse que le papier d’essuyage sera plus souvent renouvelé. On recommande les solutions hydro alcooliques personnelles, mais il n’y en aura pas de mise à disposition. Deux jours plus tard, le vendredi, on fermera une classe de première devant un grand nombre de cas suspects, dont 8 seront confirmés en début de semaine suivante. On ne réunira plus les élèves (ce qui semble judicieux…) et seuls quelques professeurs reprendront, à titre personnel, les messages de prévention dans leurs classes respectives…

Difficile, la prévention grippale (et autres) dans les lycées, facultés et autres structures d’enseignement. Les Américains viennent d’en apporter une preuve remarquable grâce à une étude en « live» réalisée au cours d’une épidémie de norovirose (un virus extrêmement contagieux, à l’instar de la grippe) survenue à l’Université d’Ontario, Canada. Dans ce travail très original, les auteurs ont observé les étudiants et comparé leurs attitudes pratiques d’hygiène (lavage des mains) aux recommandations théoriques émises pour l’occasion ; d’où il est apparu que 17,4 % seulement des susdits étudiants avaient effectivement suivi ces recommandations, mais que… 83 % étaient persuadés l’avoir fait ! Pour les auteurs c’est clair, il faut revoir toutes les stratégies de communication et adopter des attitudes beaucoup plus interventionnistes ; rien ne sert d’afficher un poster ou de faire une belle démonstration orale que tout le monde prétendra, à tort et pourtant sans doute souvent de bonne foi, avoir scrupuleusement suivie…

On entend beaucoup dire, ces derniers temps, que les enfants et les adultes jeunes pourraient être des cibles prioritaires du virus, les plus âgés étant relativement protégés par une défense immunitaire acquise lors d’ancestrales épidémies à H1N1. Il faudrait en tirer les conséquences et, comme le suggèrent les auteurs, proposer des messages mieux adaptés : à la cafétéria de la fac, par exemple, pas de « lavez vos mains», mais des « les toilettes sont à 20 mètres, par là» ; et pour les campagnes de plus grande envergure, privilégier les media les mieux adaptés, comme le téléphone mobile. On a encore des progrès à faire.

Source: Univadis, Dr Jack Breuil.
Brae VS et coll. : University student’s hand hygiene practice during a gastrointestinal outbreak in residence: what they say they do and what they actually do. Journal of Environmental Health 2009; 2: 24-29

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