Les études portant sur les propriétés d’extraits naturels et autres huiles essentielles (HE) utilisés en médecine traditionnelle se sont multipliées ces dernières années, reconnaissant parfois une réalité scientifique à un effet empiriquement probable. On pourrait par exemple citer les travaux de Darouche et coll. confirmant les effets antifungiques d’extraits de Lamiacea, ceux de Fang reconnaissant les propriétés immunomodulatrices de Prunella vulgaris ou ceux de Bozin, l’année dernière, ciblant les effets anti oxydants du romarin. Les herpès à HSV1 et HSV2, tant par leur fort retentissement sociologique que par leur extrême fréquence dans la population générale, ont toujours inspiré les adeptes des HE, qui ont tôt fait de préconiser l’utilisation de Lamiacea, de Prunella, de thym ou de melaleuca alternifolia (tea- tree). Autre candida souvent cité, Melissa officinalis (Mo, parfois trouvée sous le nom de lemon balm oil) ; il faut dire que les premières études avec cette plante ne datent pas d’hier puisqu’elles remontent à plus de 40 ans et leurs résultats ont été ensuite confirmés à plusieurs reprises. Restait à démontrer in vitro la réalité de ce supposé effet inhibiteur sur les virus Herpes et à en évaluer l’intensité, ce que nous proposent aujourd’hui P Schnitzler et coll.
Pour leur démonstration, les auteurs allemands d’Heidelberg ont utilisé un modèle de cellules de rein de singe RC 37 contaminées par un virus Herpes et cultivées sur plaque sur lesquelles ils ont déposé (à des temps différents) des dilutions de leur HE, obtenue chez un fabricant du pays. Après 3 jours, la cytotoxicité des extraits était déterminée par quantification des cellules viables, l’anti viral de référence étant utilisé comme témoin. Il est apparu, dans ces conditions, que des concentrations non cytotoxiques d’HE Mo étaient déjà efficaces (réduction des plaques de 97 % pour HSV2 et 98,8 % pour HSV1), leur augmentation inhibant complètement le pouvoir infectieux des virus. L’HE Mo affectant le virus avant adsorption et non pas après l’étape de pénétration cellulaire, la cytotoxicité s’exercerait à une étape précoce du cycle viral par un mécanisme interférent avec l’adsorption ou la pénétration virale. Les auteurs ont enfin séparé par chromatographie les constituants de Melissa officinalis, identifiant principalement des monoterpenaldéhydes citral a, citralb et citronellal.
Pour les virologues de l’Institut d’Hygiène de l’Université d’Heidelberg c’est clair « l’utilisation topique de l’HE Mo pour le traitement des infections à HSV semble prometteuse, particulièrement pour les patients qui souffrent de récurrences fréquentes » ; et ce d’autant que les propriétés lipophiles de cette HE lui permettraient effectivement d’entrer en contact direct avec l’agresseur en pénétrant à travers la peau. Pourquoi pas, après tout, puisque cette étude ne fait que confirmer in vitro des propriétés reconnues par d’autres chez des vrais patients depuis des années ? L’efficacité traditionnelle d’au moins deux huiles essentielles, Melissa officinalis et Melaleuca alternifolia, semble aujourd’hui soutenue par des études clinico biologiques de bonne qualité. Une bonne nouvelle alors que les Herpes continuent de se répandre partout.