Si le sida n’a été identifié qu’en juin 1981 sur les côtes Est et Ouest des Etats-Unis, on estime généralement que le virus était déjà présent en Afrique centrale et notamment au Congo-Kinshasa bien avant cette date. En 1998, le génome du HIV a en effet été mis en évidence dans un échantillon sanguin prélevé en 1959 chez un homme appartenant à l’ethnie Bantou à Léopoldville (actuelle Kinshasa).
Même si cette découverte a été contestée par certains, l’analyse de ce virus et sa comparaison avec d’autres échantillons anciens avaient conduit à penser que le HIV1 était apparu entre 1915 et 1941.
Le travail d’une équipe internationale recule aujourd’hui très sensiblement cette date d’émergence du HIV.
En recherchant dans les échantillons anatomopathologiques prélevés en 1960 à Léopoldville, Michael Worobey et coll. ont pu mettre en évidence le génome du HIV1 dans un ganglion prélevé chez une femme et conservé depuis dans le Bouin. Les recherches ont été particulièrement délicates puisqu’il a fallu extraire les acides nucléiques traités au formol, englués dans de la paraffine et conservés à température ambiante depuis des décennies. Une fois la séquence génétique de ce HIV connue, il a été possible de la comparer à celle de l’échantillon de 1959. L’analyse a montré qu’il existait entre les deux génomes une différence de 12 %. Selon M Worobey et coll. une telle différence sur les deux échantillons prélevés vers 1960 serait en faveur d’un ancêtre commun apparu dans la population humaine entre 1884 et 1924, c’est à dire à la période d’expansion rapide de la ville de Kinshasa fondée vers 1885.
Il ne s’agit là bien sûr que de suppositions basées sur ce que l’on sait de la vitesse de variation du HIV. Si elles étaient exactes, elles impliqueraient que le HIV ait circulé sans que l’on s’en aperçoive durant 50 ans ou plus dans la population de la région de Kinshasa. Reste à savoir si la maladie n’a pas été reconnue alors par les médecins belges qui exerçaient dans la région car elle était rare et que ses manifestations étaient noyées dans la pathologie tropicale ambiante ou si la virulence du virus a sensiblement évolué au fil des décennies.