Dans la plupart des modèles actuels de poussette, les enfants sont installés le dos tourné à la personne qui les pousse, afin de pouvoir regarder le spectacle de la rue durant le transport. La très sérieuse étude d’une spécialiste de la psychologie du développement remet en cause cette conception (1). Par rapport à la position « face à face », la position « dos tourné » diminuerait les interactions parent-enfant et augmenterait le niveau de stress de l’enfant.
Dans un premier temps, des observateurs postés dans des rues fréquentées ont pris des notes sur 2 722 enfants de moins de 3 ans et leurs parents -ou supposés tels- alors qu’ils passaient devant eux.
Les nourrissons étaient transportés en poussette dans 75 % des cas (90 % des cas entre 1 et 2 ans), le dos tourné au pousseur (62 %) plus souvent que face à lui (13 %). Ils se taisaient (57 %) ou dormaient (35 %). Les parents leur parlaient rarement (22 % des nourrissons éveillés).
En poussette, le « face à face » semblait favoriser les échanges verbaux et le sommeil. Dans cette position, les parents parlaient deux fois plus souvent à leur enfant (25 % versus 11 % « dos tourné ») comme si ces derniers étaient plus sollicités ; les enfants dormaient également deux fois plus souvent (52 % vs 27 %) comme s’ils étaient moins stressés.
Pour confirmer ces observations et leurs interprétations, une expérience croisée a été menée sur 20 couples mère-enfant (d’âge compris entre 9 et 24 mois) pendant un trajet en poussette de 30 minutes. Le type de poussette était changé à mi-parcours. Les échanges verbaux entre la mère et l’enfant étaient enregistrés et la fréquence cardiaque de l’enfant monitorée.
Les mères parlaient plus souvent à leur enfant et riaient plus souvent avec lui dans les trajets pendant lesquels l’enfant leur faisait face comparativement aux trajets où l’enfant leur tournait le dos : en moyenne, 15,5 versus 6,1 phrases/minutes et 0,33 vs 0,11 épisodes de rire/minute respectivement (p <0,05 pour les deux).
Les bébés vocalisaient et pleuraient autant dans les deux positions, mais ils semblaient moins stressés en « face à face ». Ils étaient en effet plus nombreux à s’endormir en voyageant face à leur mère (9 vs 4 « dos tourné » ; p=0,09) et leur fréquence cardiaque ralentissait un peu quand ils passaient de la position « dos tourné » à la position « face à face » (p=0,10).
Les résultats de cette étude-pilote ont déjà été divulgués par la grande presse.
Ils peuvent inciter les parents à revenir aux poussettes orientées « face à face» pour le transport des « 9-24 mois » puisque cette position facilite les interactions de l’enfant avec son accompagnateur, à un âge crucial pour son développement, et qu’elle tend à abaisser son niveau de stress. (Il faut bien chercher pour trouver aujourd’hui ce type de poussettes chez les marchands d’articles de puériculture). On peut aussi relativiser leur portée en fonction du temps passé dans la poussette, qui va de quelques minutes à deux heures par jour.
Décidément, l’ouvrage de Mesdames G. Delaisi de Parseval et S. Lallemand (1980) sur les fluctuations des pratiques de puériculture « L’art d’accommoder les bébés » est plus que jamais d’actualité !
1) Zeedyk S. en collaboration avec le National Literacy Trust. What’s life in a baby buggy like ? The impact of buggy orientation on parent-infant interaction and infant stress. 21 novembre 2008.
Voir les archives