Morsure de serpent chez l’enfant ?

On en parle peu, mais les envenimations vipérines (EV) de l’enfant n’ont pas disparu dans les pays occidentaux. Elles sont dues à des morsures de vipères en Europe et de crotales en Amérique du Nord -toute morsure n’étant pas suivie d’envenimation (« morsure sèche »).

La plus grande série publiée à ce jour fait état de 114 EV de l’enfant, recueillies en dix ans (1995-2005) dans un seul hôpital pédiatrique de l’Arkansas (USA).

Les enfants mordus étaient âgés, en moyenne, de 7,3 ans (extrêmes : 1 à 17 ans) et du sexe masculin, en majorité (60 %). Si les morsures étaient certaines, les serpents en cause n’étaient identifiés que dans 71 % des cas. Il s’agissait constamment de crotales : serpents à sonnettes (8 %), mocassins d’eau (6 %) et mocassins à tête cuivrée (57 %), qui ont des moeurs et des venins similaires aux vipères françaises. Les morsures s’étaient produites du mois d’avril au mois d’octobre, la période d’activité des vipéridés. Elles siégeaient sur les membres, plus souvent inférieurs que supérieurs.

Les enfants étaient admis dans le service de Chirurgie Infantile, lorsqu’ils présentaient, au minimum, un oedème ecchymotique du membre mordu. Quatre EV ont été considérées comme sévères (3,5 %), et deux d’entre elles comportaient un syndrome des loges, imposant des aponévrotomies. Une sérothérapie anti-venin a été administrée à sept enfants ; elle a provoqué une fois un choc anaphylactique. A posteriori, elle n’est apparue justifiée que dans les EV sévères. Depuis, des immunoglobulines polyvalentes, d’origine ovine (FabAV) sont disponibles. L’antibiothérapie prophylactique a été abandonnée en 2003, sans inconvénient notable. La durée moyenne de séjour a été de 30 ± 25 heures. Il n’y a eu aucune amputation et aucun décès.

Malgré les limites communes à toutes les séries de cas rétrospectives, cette étude permet de tirer quelques « leçons » d’une expérience étendue des EV de l’enfant. La plupart des enfants mordus par un vipéridé ne relèvent que d’un traitement conservateur associant des antalgiques et une surélévation du membre touché, et d’une surveillance de 24-48 heures. Une antibiothérapie systématique semble inutile. Les immunoglobulines antivenin et les aponévrotomies sont rarement indiquées. Le traitement spécifique doit être justifié car il peut être mal toléré.