Ce que les jeunes filles pensent du condom

preservatifsCeux qui croyaient que les infections sexuellement transmissibles (IST) allaient disparaître avec les progrès de la médecine, de l’hygiène ou des techniques de communication en sont pour leurs frais : certaines infections ont ré apparu (syphilis), d’autres ont continué de se répandre (Chlamydiases, VIH) ou ont acquis les moyens de se défendre (gonocoques résistants aux quinolones). Un phénomène qui, constaté partout dans le monde, a amené les autorités de santé publique à ne pas relâcher les vigilances… et à continuer de préconiser une prévention multiple où le condom apparaît toujours en première ligne. Avec quels résultats ? Qu’ont retenu les jeunes filles d’aujourd’hui du message ? Pour le savoir, L M Williamson et coll. sont allés à leur rencontre en Ecosse, interrogeant très consciencieusement vingt d’entre elles judicieusement choisies (20 ans, premier rapport entre 12 et 17 ans, toutes origines sociales, partenaires cumulés entre 1 et 16, etc). Voilà donc ce qu’elles pensent du condom :

-Des raisons de les utiliser. Remarquons d’abord que toutes avaient un jour ou l’autre utilisé l’ustensile, 17/20 au premier rapport, mais que trois seulement continuaient régulièrement (5/20 au rapport précédant l’enquête). Leur première motivation était contraceptive, en particulier au début et avec un nouveau partenaire. Les 3 fidèles, à la question du pourquoi, avaient cette réponse particulière que c’était « parce que cela se faisait ». En matière d’IST, les jeunes ne considéraient le VIH que comme une menace éloignée, loin derrière les Chlamydia et les papillomavirus. L’accessibilité au condom était un facteur clé, encore et surtout pour éviter une grossesse. Les filles comptaient souvent sur les garçons pour l’apporter, recherchant un consensus pour les plus jeunes et en en glissant d’elles mêmes quelques uns dans leur sac pour les plus âgées. Au total le condom apparaissait plutôt comme la technique de contraception de l’entrée dans la vie sexuelle qu’autre chose, destinée à n’être utilisé que pendant un temps limité.

-Des raisons de les délaisser. Quatorze des 20 jeunes filles n’appréciaient pas l’objet, le traitant d’ »instant tueur », de réducteur de plaisir ; pour quelques unes, il serait même douloureux, voire difficile à utiliser. « Les magazines mentent, le condom ce n’est pas la joie et c’est malaisé à enfiler », au point que 3 filles préféraient, le cas échéant, s’abstenir de toute relation. Et les condoms, ça claque, ça glisse, ça se déchire ou ça éclate : un désastre… contraceptif vécu par 8 interviewées. Un jour ou l’autre on le délaisse, comme une preuve de confiance accordée aux alentours du 2ème mois ; on le reprendra quand même au partenaire suivant, pour un nouveau cycle.

Le condom apparaît finalement, dans cet article, d’abord et avant tout comme un moyen de contraception « immédiate » facile à se procurer (au moins chez les jeunes Ecossaises…). Le message de prévention des IST n’est pas vraiment passé, mais il ne faut pas désespérer : utiliser le condom avec un nouveau partenaire semble être une règle largement acceptée. Ensuite, c’est plus compliqué, confiance (sans certitude) et inconforts divers faisant que l’abandon guette. Dans cette étude comme dans de nombreuses autres, des notions de plaisir ruiné, sensations moindres et ruptures intempestives sont évoquées pour arrêter ou ne pas utiliser ; quand une fille croit pouvoir s’en passer, la triste capote part au rebut.

Williamson LW et coll. : Young women and limits to the normalisation of condom use: a qualitative study. AIDS Care 2009; 5: 561- 566.
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